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Chronique du web : Des « gangsters numériques » aux commandes de Facebook

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Au pays de Sa Gracieuse Majesté, on ne décolère pas contre le réseau social Facebook. Et lorsque sa colère devient homérique, le très flegmatique british peut sortir de ses gonds  et étaler toute l’envergure de sa capacité à sélectionner les noms d’oiseau les plus sentis. Facebook vient de l’apprendre à ses dépens puisque, la semaine dernière, c’est la très respectable commission sur le numérique, la culture, les médias et le sport (DCMS) de la Chambre des communes britannique l’a qualifié d’entreprise de « gangsters numériques ». En somme, une entreprise aux ordres de criminels sans foi ni loi !

Pour mériter un tel compliment, il a bien fallu que Mark Zuckerberg et ses petits copains qui ont la boulimie des dollars se soient comportés comme de vulgaires et grossiers roturiers vis-à-vis de la Couronne britannique. En effet, dans un très sérieux rapport publié le 18 février dernier et intitulé« Disinformation and ‘fake news’ », les parlementaires britanniques accusent Facebook « d’avoir échoué à combattre de manière significative contre d’éventuelles tentatives russes d’influencer différentes élections dans le monde via le réseau social ». Or, c’est un secret de Polichinelle que depuis l’élection à la présidence américaine du magnat de l’immobilier, Donald Trump, et l’éclatement du scandale dit de Cambridge Analytica – qui consacrent l’intrusion scandaleuse de groupes étrangers aux intérêts obscurs dans des processus nationaux -, l’Européen en général et le Britannique en particulier ont une peur bleue du Russe accusé d’être l’agent responsable de la production industrielle de fake news.

Les éléments recueillis au terme d’une enquête parlementaire minutieuse d’un an autorisent la commission DCMS à recommander que Facebook « … doit être soumis à un code d’éthique concernant la lutte contre les fausses informations, l’exploitation abusive des données personnelles et l’abus de position dominante ». Dans sa lancée, la commission présidée par Damian Collins stipule que les géants du web « ne devraient plus pouvoir s’autoréguler », les scandales à répétition ayant démontré à suffisance que les mastodontes du numérique préfèrent plutôt « demander pardon que demander la permission ».

En outre, les parlementaires britanniques sont persuadés que Moscou est largement coupable d’avoir influencé le vote du BREXIT en 2016, plongeant la Grande Bretagne dans un processus chaotique dont l’issue fixée au 29 mars 2019 est plus qu’incertaine.

Tirant les enseignements de ces évènements majeurs qui sont en train de façonner le destin de toute une communauté nationale, les parlementaires britanniques souhaitent encadrer la relation du public aux géants du numériques. Ce changement de paradigme suppose que « les droits des citoyens doivent être établis dans la loi, en exigeant des compagnies numériques d’adhérer à un code de conduite inscrit dans la loi par le Parlement et supervisé par un régulateur indépendant ».

Les parlementaires britanniques sont d’autant plus remontés contre le jeune fondateur de Facebook que, à trois reprises, en 2018, Mark Zuckerberg a été sollicité à comparaître devant la DCMS et, en autant de fois, il a snobé ladite commission préférant y envoyer des seconds couteaux. Outre l’outrage à leur vénérable institution, les parlementaires britanniques flairent l’arrogance dans l’attitude du responsable du géant américain de la nouvelle économie. Ce qui, pour eux, est insupportable et justifie largement, à leurs yeux, qu’ils accusent les entreprises comme Facebook à se comporter en « gangsters numériques ».

Pour autant, les britanniques sont-ils prêts à réserver aux « gangsters numériques » le sort funeste qu’ils réservaient aux flibustiers des XVIIème et XVIIIème siècles ? L’avenir nous édifiera.

Serge de MERIDIO

Infsept

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